Les nouveaux voisins ont comblé le vieux puits. Trop risqué avec les enfants. Les autres familles n’ont pas rechigné. Il ne servait plus à rien, de toute façon, tu comprends? Il était à sec, ses pierres s’affaissaient. Maintenant, la Yvette peut faire pousser des géraniums sur le dessus. C’est joli, dans le paysage.

Avant la fin de l’été, la cours intérieure sera bétonnée.

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C’est l’été 1973. Vous passez vos journées sur la Saône. Sur le pare-brise du bateau, un de tes amis a collé un autocollant où l’on peut lire en grandes lettres noires SKI NAUTIQUE. Ça te fait sourire, à chaque fois. Aucun d’eux ne sait skier. Tu leur as promis de leur apprendre. Quand ils éteignent le moteur, au milieu de la rivière, tu t’allumes une cigarette et te demandes si vous avez déjà quitté la Bourgogne.

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Elle n’est pas datée. Aucun nom n’y est inscrit. Elle repose, anonyme, entre deux villes de l’été 73.

Il ne sourit pas. Peut-être même serre-t-il la mâchoire; ses pommettes sont tendues, ses joues creusées. Il se tient, silencieux, le regard fixe. Il a vingt ans. Ou sans doute vingt-cinq. Il a pris soin de tirer le rideau derrière lui.

Je l’ai remise à sa place. Je ne me serai pas permis de profaner tes fantômes, surtout pas ceux que tu as voulu perdre entre les pages de l’album.

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Il vient te rejoindre à la gare d’Ostende. Tu lui as proposé de parcourir le reste de la route en voiture. Le chemin de fer traverse les terres, mais, toi, tu connais les petites routes qui longent la côte jusqu’à Duinbergen. Le voyage l’aura fatigué, mais demain vous irez faire de la voile. Le vent souffle juste assez fort durant le mois d’août.

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Il lui demande si c’est l’heure de ses cachets. Elle ne lui répond pas. Encore dix secondes à la minuterie du mini-four, et le pain sera doré à la perfection. Il repose sa question. Plus que six secondes. La croûte qui cuit sent si bon. C’est presque douloureux. Il sort de la pièce. Elle ouvre la porte du four et laisse la vapeur s’échapper, puis dépose un à un les pains dans la corbeille à pain au centre de la table. La mie sera brûlante, le beurre fondra.

Il lui demande si c’est l’heure de ses cachets. Elle ne lui répond pas. Il repose sa question. C’est presque douloureux.

 

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De la tapisserie fleurie recouvre les murs et le plafond. Ça donne l’impression de se tenir debout dans une maison de poupées. On a épousseté la chambre à la va-vite. Il reste un peu de poussière autour du vase vide, sur la table de chevet, et sur le calorifère. Le vieux secrétaire n’a plus été ouvert depuis des lustres; la clé est perdue. Mais la petite fille a réussi à ouvrir la penderie. Elle a sorti ses vêtements de la valise et a posé, bien pliées, ses culottes et ses chaussettes sur la tablette du haut, puis a suspendu ses robes une à une sur les vieux cintres de métal. Sur la chaise berçante près de la fenêtre, elle a mis de côté ce qu’elle portera ce soir pour la fête. Peut-être son papi la fera-t-elle vaser, soulevant les fanfreluches au bas de son jupon.

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Tout va trop vite. Tu tournes les pages de l’album deux à deux, qu’une seule photo en tête. Tu n’as rien à faire des autres. Tu cherches celle où la route est si grande de par devant et de par derrière et moi j’y suis si petite. Tu n’avais que quatre ans tu me dis. Je te crois, je ne m’en souviens plus. Je laisse glisser ma tête sur ton épaule, j’approche mon visage de l’album. J’entends la reliure d’anneaux métalliques grincer. L’odeur de la colle me donne envie d’éternuer. Je devine des vêtements, des sourires des corps des lignes d’horizon que je n’ai pas connus.

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Ils sont tous les trois, deux garçons et une fille, adossés au petit muret devant la maison. Les deux frères ne savent pas encore que l’un deux épousera la Paulette. Ce temps n’est pas venu, ni celui des bombes sur leur rue, la rue Beauvais, celle qui mène à la gare. C’est simplement l’après-midi de la parade, des danseurs en costumes traditionnels, de la clameur des binious, des pétards qui explosent.

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La petite fille a les cheveux coupés à la garçonne. Un bandeau blanc passé autour de sa tête ébouriffe les mèches plus courtes du front. Ses mains le long du corps, bien à plat contre les hanches, elle fronce les sourcils. On l’a obligée à mettre la robe de sa sœur aînée. Elle a toujours été trop grande pour son âge. Le taffetas crème arrive ridiculement au-dessus de ses genoux. Lorsque son père abaissera la caméra, elle se mettra à pleurer qu’elle ne veut pas aller communier pour la première fois en ayant l’air d’un petit garçon en culottes courtes.

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Quand tu restes trop longtemps allongé dans le lit d’hôpital, tu oublies combien tu aimais seller tes chevaux et jouer de la guitare. Tu ne sais plus comment rouler une Gitane.

Ton voisin de chambre écoute le foot, le cou tendu vers le téléviseur. Tu aimerais lui demander de couper le son, que chaque aigu te transperce le crâne et que les graves te donnent la nausée, mais tu n’en fais rien.

À la fin de ton traitement, le taxi-ambulance te ramène chez toi et tu peux à nouveau entendre le silence des champs de maïs.

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Elle a placé sa main gauche derrière son dos, plaquée contre ses reins, comme on le lui a montré, petite. De la droite, elle prend équilibre sur la table Napoléon III, sur laquelle trône encore le bouquet d’œillets qu’on lui a offert pour la fête des mères. Le jaune des fleurs se marie au doré du camée qu’elle porte au cou, cadeau d’une époque dont elle ne dit jamais rien. Fixé au mur derrière elle, un miroir ovale reflète ses épaules et sa nuque, droits, comme il se doit.

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Les mots des autres

Petit,

la vie n’a rien à t’apprendre vraiment… C’est un passage qui vient d’où tu viens et qui va où tu vas.

C’est pas une question de temps ou d’espace, mais une réponse au silence et à l’amour.

Mais ça tu connais, comme nous tous le connaissons, seulement n’oublie jamais de soigner tes chevaux quand tu rentres le soir.

C’est comme la mémoire, ne te fais pas surprendre par le sommeil.

hors de la poésie tu seras malheureux, mais appelle la comme tu veux.

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Deux adolescents marchent au milieu d’une rue anonyme. C’est une rue pavée, comme on en voit encore, sans voiture ni trottoir, bordée d’étroites façades. Le garçon tourne le dos à l’obturateur. Il a jeté son bras autour des épaules de la jeune fille qui, elle, a pivoté vers le photographe. Son profil est souriant. Le défilé va commencer. Il faut se presser.  Le mouvement de rotation du corps a fait soulever sa jupe de toile.

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Je n’ai pas voulu que tu me voies feuilleter tes vieux albums. Ils ne t’appartiennent plus, tu me les as légués. Ils sont le patrimoine de toutes les choses que l’on ne s’est pas dites. Tu m’as permis de profaner tes fantômes; je t’en ai refusé la scène.

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Elle ramène le vélo à la réception de l’hôtel, comme à chaque après-midi. Elle a les cheveux emmêlés par le vent de la côte. Le pull noué autour de sa taille fait bailler son chemisier. Elle lui dit merci. Il lui dit merci. Il ajoute à demain peut-être.

Il propose de l’amener jusqu’à la vraie côte bretonne, la furie l’indocile la Sauvage. Elle n’est pas impressionnée. Elle connaît les eaux mordantes de la Mer du Nord. Elle lui dit demain peut-être.

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