Tu sais combien la grande porte de garage me terrifie. Toi, tu n’écoutes pas les historie de mécanismes détraqués, de corps coincés, de jambes sectionnées que me raconte maman quand je m’en approche un peu trop. Tu n’as pas peur, toi, d’appuyer sur l’interrupteur interdit et de traverser le garage à la course, frôler d’un instant le pan métallique descendant et la mort par aplatissement. Tu es sûr de toi. À onze ans, tu ne peux plus mourir. Alors tu places ma poupée sur le sol, juste dans l’axe de la porte. Tu es fin stratège. Tu attends, tapi près des lourdes roues de la voiture de papa, l’odeur d’essence t’enivrant juste suffisamment, tu attends que j’aille la chercher. Et une fois que je serai sous l’ombre du couperet, tu appuieras, tu me forceras à bondir de l’autre côté de la frontière indicible où le béton froid du garage se morcelle en gravier glissant. Tu sais combien la grande porte m’effraie. Ça te fait rire. Mais tu ne sais pas combien j’ai peur du jardin et de ses maigres pruches qui, au crépuscule, deviennent complices des choses qui pourraient me faire du mal.
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Un commentaire pour

  1. France dit :

    Je vois un chien et un chat dans ton histoire…

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